Dix-huit jours suffisent-ils pour découvrir deux pays ? Oui, à condition de bien choisir ce qu’on garde et ce qu’on laisse de côté. Le Vietnam et le Cambodge partagent une frontière, un fleuve (le Mékong), et une partie de leur histoire. Les combiner dans un même voyage n’a rien d’artificiel : c’est même la façon la plus naturelle de découvrir cette partie de l‘Asie du Sud-Est. Voici l’itinéraire que nous construisons le plus souvent pour nos voyageurs : 18 jours, du nord du Vietnam jusqu’aux temples d’Angkor, avec une traversée de la frontière qui devient un moment du voyage à part entière plutôt qu’une simple formalité.
Le voyage commence à Hanoï. Deux jours suffisent pour prendre le rythme de la capitale : le vieux quartier et ses 36 rues et corporations, le quartier français avec ses villas coloniales et ses larges trottoirs, le lac Hoan Kiem au petit matin quand les Hanoïens font leur tai-chi, et une soirée dans le rue Ta Hien pour goûter à l’ambiance locale.
Pour ceux qui ont un jour de plus à consacrer à la capitale, nous proposons une sortie dans les villages de métiers artisanaux de la périphérie. Le village de Quang Phú Câu, où des générations de familles fabriquent des bâtonnets d’encens qu’on voit sécher en bouquets de couleurs vives sur les cours et les toits. Le village de Chuông, connu pour ses chapeaux coniques tressés à la main, le fameux nón lá où l’on peut s’asseoir avec une artisane et essayer soi-même quelques points de couture. Ou encore le village de Bat Trang, célèbre pour sa céramique depuis des siècles, où il est impossible de façonner sa propre pièce sur un tour de potier. Ce ne sont pas des visites de musée : on s’assoit avec les habitants, on participe à leur travail, on discute, souvent avec un guide qui traduit, parfois simplement par gestes et sourires. C’est cette journée qui, pour beaucoup de nos voyageurs, donne un visage plus complet à Hanoï.
De la capitale, direction des régions montagneuses du Nord, avant de rejoindre la fameuse baie d’Halong. Deux options s’offrent ici, selon le temps disponible et l’envie de chacun.
La première est le Nord-Est dont Ha Giang, Cao Bang font partie. C’est une terre de minorités ethniques, Hmong, Tày, Nùng, Dao, dont on croise les costumes traditionnels sur les marchés et les sentiers, et dont les villages s’accrochent à des pentes calcaires où le maïs pousse entre les rochers. La route elle-même, en lacets serrés au-dessus de vallées encaissée, fait partie de l’expérience. Les treks alternent forêt, rizières et hameaux où le temps semble suspendu
La seconde est le Nord-Ouest, vers Mai Châu et Pù Luong. Ici vivent les Thaï blancs, dans leurs maisons sur pilotis posées au milieu des rizières en terrasses. Le rythme est plus doux : on traverse de petits villages à pied, on partage parfois un repas chez l’habitant….
Avant de rejoindre la baie d’Halong, nous intercalons généralement une ou deux nuits à Ninh Binh. Surnommée la « baie d’Halong terrestre », la région permet de naviguer en petite barque à travers les grottes et les pics karstiques de Tam Coc ou de Trang An, un paysage qui annonce, en miniature et sur terre, ce qui attend les voyageurs sur l’eau quelques jours plus tard. C’est aussi l’occasion de visiter Hoa Lu, l’ancienne capitale du Vietnam aux Xe et XIe siècles, aujourd’hui presque déserte de touristes.
De là, direction la baie d’Halong pour une nuit en croisière. Beaucoup de voyageurs hésitent entre une excursion à la journée et une nuit à bord. Notre conseil : la nuit. Le coucher de soleil sur les rochers calcaires, puis le réveil dans le brouillard du matin, sont deux moments qu’on ne vit pas en excursion d’une journée.
Après le Nord, un vol intérieur depuis Hanoï rejoint Hué en un peu plus d’une heure, la route, elle, prendrait une journée entière, alors autant la garder pour plus tard.
Hué a longtemps été la capitale impériale du Vietnam, et cela se sent dès qu’on franchit les murailles de la Cité impériale. La Cité Pourpre Interdite, est aujourd’hui partiellement en ruines, certains pavillons ont été détruits pendant la guerre, mais c’est précisément ce mélange de grandeur et de vestige qui donne à Hué son atmosphère particulière. Une demi-journée permet de parcourir la Citadelle, l’autre moitié peut être consacrée aux tombeaux royaux disséminés le long de la rivière des Parfums, notamment celui de Tu Duc, niché dans un cadre boisé et nettement moins fréquenté que la Citadelle elle-même.
De Hué à Hoi An deux options. La première : le col de Hai Van, en voiture privée avec arrêts photo sur les hauteurs qui dominent Da Nang, c’est l’un des plus beaux trajets côtiers du Vietnam, et il serait dommage de le faire en avion. La seconde, pour ceux qui ont prévu une étape balnéaire : une halte à Da Nang, elle-même, ville moderne aux plages de sable fin, qui sert surtout de point de transit mais où certains voyageurs aiment passer une nuit pour profiter de la mer avant de replonger dans le patrimoine
Hoi An, ensuite. La vieille ville, classée à l’UNESCO, se découvre à pied ou à vélo : façades jaune ocre, lanternes de soie qui colorent les rues à la nuit tombée, ponts couverts japonais, maisons de marchands ouvertes au public. C’est aussi la capitale vietnamienne du sur-mesure, beaucoup de voyageurs y font confectionner une chemise ou une robe en 24 heures, avec essayage le matin et retouches le soir.
Deux jours à Hoi An permettent d’alterner : une matinée dans les ruelles de la vieille ville, un après-midi à la plage de An Bang à quelques minutes de vélo, et pourquoi pas un cours de cuisine au marché central, où l’on apprend à préparer les spécialités locales, cao lầu, les nouilles épaisses propres à Hoi An, ou les bánh mì, dont certains affirment que la meilleure version du pays se trouve justement ici.
Si le programme le permet, une demi-journée supplémentaire peut être consacrée à My Son, à environ une heure de route. Ce sont les vestiges d’un ancien centre religieux du royaume Champa, des tours de briques rouges envahies par la jungle, à l’architecture très différente de tout ce qu’on a vu jusque-là, plus proche, par certains aspects, des temples d’Angkor que des pagodes vietnamiennes. C’est une étape facultative, mais elle a son sens dans un circuit qui mène ensuite vers le Cambodge : elle introduit, dès le Vietnam, cette esthétique khmère qu’on retrouvera plus loin.
Un vol intérieur d’environ deux heures permet de rejoinder Saïgon sans perdre de temps en transport. La distance avec le centre du pays ne se prête pas vraiment à la route.
Dès l’arrivée, le contraste avec Hanoï est immédiat : la circulation est plus dense, le rythme plus rapide. Les gratte-ciels omniprésents côtoient sans transition les étals de rue et les vendeuses ambulantes à chapeau conique
Une journée suffit pour prendre la mesure de la ville, à condition de bien la répartir. Le matin se prête au musée des Vestiges de Guerre, dont les collections, photographies, témoignages, matériels militaires, donnent une vision crue et nécessaire du conflit américano-vietnamien. C’est une visite dense, parfois éprouvante, mais elle éclaire une grande partie de l’histoire récente du pays. À proximité, la cathédrale Notre-dame en briques rouges et l’anciennes Poste centrale, vestiges de l’architecture coloniales française, offrent un contrepoint plus léger.
L’après-midi peut être consacré au marché Ben Thanh, et puis, direction Cho Lon, le quartier chinois de la ville, plus authentique et moins touristique : ses pagodes aux toits chargés de figurines, comme la pagode Thien Hau dédiée à la déesse de la mer, et son marché Binh Tay, version locale et bien moins fréquentée de Ben Thanh. Pour ceux qui aiment prendre de la hauteur en fin de journée, plusieurs rooftops du centre-ville offrent une vue sur la skyline et la rivière Saigon au coucher du soleil, une façon de clore la visite sur l’image d’une métropole résolument tournée vers l’avenir, avant de basculer, dès le lendemain, dans un Vietnam beaucoup plus rural.
Le delta, c’est l’eau partout. On y circule autant en bateau qu’en voiture : canaux étroits bordés de cocotiers, marchés flottants où les bateaux-étals exposent leurs marchandises au bout de longues perches, ananas, pastèques, choux, vergers et plantations accessibles uniquement par de petites embarcations à moteur ou à rames, villages entiers construits sur pilotis au-dessus de l’eau.
Une nuit à Can Tho ou à Chau Doc permet de se lever avant l’aube pour rejoindre, en barque, le marché flottant de Cai Rang. C’est l’un des moments les plus authentiques du circuit, à condition d’y être tôt, vers 6h, avant l’arrivée des groupes et avant que la chaleur ne s’installe. On y croise des familles qui vivent à bord de leur bateau depuis des générations, le café se sert directement d’embarcation à embarcation, et le commerce se négocie au fil de l’eau dans une ambiance qui n’a rien de mis en scène pour les visiteurs.
Selon le temps disponible, une halte supplémentaire à Ben Tre ou dans les environs de My Tho permet de découvrir les ateliers familiaux de transformation de la noix de coco, bonbons, fibres, charbon, et de naviguer sur les petits canaux à l’ombre des arbres à l’eau de noix de coco, en sampan à rames, loin des moteurs.
Après le delta du Mékong, retour à Ho Chi Minh-Ville pour s’envoler vers le Cambodge, Phnom Penh ou directement Siem Reap, selon la suite de l’itinéraire. Le vol dure entre 1h et 1h30, sans escale.
En une heure de vol, on passe des canaux verdoyants du Mékong vietnamien aux plaines plus sèches du Cambodge, où les rizières cèdent progressivement la place à un paysage plus ouvert, ponctué de sucreries de palme et de pagodes aux toits dorés — premiers signes visuels qu’on entre dans un univers culturel différent, plus proche de l’esthétique khmère qu’on retrouvera à Angkor.
Côté pratique : l’e-visa cambodgien se demande en ligne avant le départ et doit être présenté à l’arrivée à l’aéroport, contrairement aux points de passage terrestres, les aéroports internationaux de Phnom Penh et Siem Reap l’acceptent sans difficulté. Prévoyez également quelques dollars US en liquide, monnaie couramment utilisée au Cambodge en complément du riel.
Phnom Penh surprend par son calme apparent, moins de motos qu’à Hanoï ou Ho Chi Minh-Ville, des avenues plus larges, et des quais le long du Tonlé Sap où la vie se concentre surtout en fin de journée, quand la chaleur retombe et que les habitants viennent y faire de l’exercice ou simplement s’asseoir face à l’eau.
Une journée et demie permet de découvrir la ville sans la survoler. Le Palais Royal et la Pagode d’Argent occupent une matinée : les toits dorés à plusieurs niveaux, les fresques du Ramayana khmer peintes sur les murs d’enceinte, et le sol de la pagode entièrement recouvert de dalles d’argent, d’où son nom, donnent un premier aperçu de la finesse de l’art khmer, qu’on retrouvera amplifié à Angkor quelques jours plus tard. Le marché central, à l’architecture Art déco jaune reconnaissable de loin, complète bien cette demi-journée pour qui aime flâner entre les étals d’orfèvrerie et d’électronique.
L’autre demi-journée est consacrée au musée du génocide de Tuol Sleng, ancienne école transformée en centre de détention sous les Khmers rouges, puis au site de Choeung Ek, l’un des «killing fields» à la périphérie de la ville. Ce sont des visites difficiles, les salles de classe transformées en cellules, les photographies des victimes, les fosses communes aujourd’hui recouvertes de végétation. Mais elles donnent une clé essentielle pour comprendre le Cambodge contemporain : la jeunesse de sa population, la reconstruction encore en cours, la résilience qu’on perçoit ensuite dans les sourires des Cambodgiens qu’on croise. La plupart de nos voyageurs nous disent, en repartant, que cette demi-journée est l’une des plus marquantes du séjour, pas seulement la plus triste.
Un vol intérieur d’une quarantaine de minutes, ou une route d’environ 5 à 6 heures à travers les campagnes cambodgiennes, relie Phnom Penh à Siem Reap. La route a son charme : villages, rizières, étals de fruits au bord de la chaussée, mais après deux semaines de voyage, beaucoup de nos voyageurs préfèrent le vol pour arriver reposés et profiter pleinement de l’après-midi.
Et c’est là qu’on arrive au cœur du voyage : Angkor.
Trois jours pour le site, c’est confortable, assez pour éviter la fatigue de temples qui s’enchaînent et finissent par se ressembler, un écueil fréquent chez les voyageurs qui tentent de tout voir en une seule journée.
Le premier jour se concentre sur Angkor Thom et le Bayon, avec ses dizaines de visages de pierre souriants sculptés à même la roche, l’une des images les plus reconnaissables du Cambodge. La Terrasse des Éléphants et celle du Roi Lépreux complètent cette première immersion dans l’ancienne capitale khmère.
Le deuxième jour est entièrement consacré à Angkor Wat, le temple le plus emblématique du complexe. Beaucoup choisissent d’y assister au lever du soleil, quand les tours du temple se découpent en silhouette sur un ciel qui s’éclaircit progressivement au-dessus des bassins, un moment magnifique, à condition d’accepter la foule qui s’y rassemble dès l’aube.
Pour ceux qui préfèrent éviter l’affluence, une visite en fin d’après-midi, en lumière dorée, offre une expérience presque aussi belle et nettement plus paisible.
Le troisième jour s’éloigne du circuit principal pour rejoindre les temples plus excentrés : Banteay Srei, à environ une heure de route, est un petit temple de grès rose aux sculptures d’une finesse remarquable, souvent qualifié de « joyau » d’Angkor. Beng Mealea, plus loin encore, offre une expérience radicalement différente, un temple englouti par la jungle, où les racines des arbres enserrent les blocs de pierre effondrés, et qu’on explore en partie sur des passerelles de bois improvisées. C’est l’image d’Angkor « avant restauration », et elle marque souvent autant que les grands sites du premier jour.
Pour ceux qui préfèrent terminer sur un tout autre registre, cette dernière journée peut aussi être consacrée à un tour en bateau sur le lac Tonlé Sap, à la découverte des villages flottants, ou simplement à une journée plus calme dans Siem Reap dont le centre-ville, autour de Pub Street et du marché de nuit, a son propre charme, bien différent de celui des temples, et permet de clore le voyage sur une note plus légère.
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