Michelle a réservé ce voyage un soir de janvier, entre deux photos de rizières trouvées sur Internet, en disant simplement : « Je veux voir le Vietnam qu’on ne voit pas sur les brochures. » Dix-huit jours plus tard, on comprend qu’elle avait raison de s’y prendre ainsi : ce pays ne se laisse pas résumer, il se raconte en cent visages, un par vallée, un par marché, un par visage croisé sur la route.
De Hanoï à Saïgon, on traverse les montagnes du Nord où vivent les ethnies H’Mong et Dao, on navigue entre les pitons karstiques de la baie de Lan Ha, on marche dans la cité impériale de Hué, on pédale dans les ruelles de Hoi An et on flotte, au petit matin, entre les sampans chargés de fruits du delta du Mékong. Ce carnet raconte ce que Visages d’Asie appelle une rencontre authentique, hors des sentiers battus sans jamais oublier les incontournables, dix-huit jours durant lesquels le Vietnam aux cent visages se révèle, un peu plus, chaque jour.
On pose les valises et la première chose qu’on remarque, ce n’est pas un monument : c’est le bruit, doux et continu, des klaxons de Hanoï.
L’accueil à l’aéroport se fait sous un soleil bas, et le trajet vers le vieux quartier ressemble déjà à une leçon de choses : trente-six rues, trente-six corporations, chacune vendant historiquement une seule marchandise, la rue de la soie, celle du fer-blanc, celle des cercueils. Michelle, le nez collé à la vitre, résume la scène en une phrase qui restera tout le voyage : « On dirait que tout le monde roule au même endroit en même temps, et que personne ne se touche jamais. »
Le check-in se fait en milieu d’après-midi, et on profite des dernières heures de lumière pour marcher sans but précis, se perdre volontairement dans les ruelles qui sentent le café glacé et la coriandre grillée. Un vendeur ambulant nous tend deux bols de bún chả sans qu’on ait rien demandé ; on s’assoit sur des tabourets en plastique, genoux au menton, et on mange comme si on l’avait toujours fait.
Le tip local : pour traverser une rue de Hanoï sans finir paralysé sur le trottoir, il suffit d’avancer d’un pas lent et régulier, sans hésiter ni courir — les scooters s’écartent en flux continu autour de vous, jamais l’inverse.
Nuit à Hanoï, dans le vieux quartier.
On commence la journée un tablier noué autour de la taille, dans une cuisine où la maîtresse des lieux nous apprend à plier un nem sans le déchirer.
Michelle en rate deux, en rit davantage, avant de réussir le troisième sous les applaudissements discrets de la cuisinière. Direction ensuite le Temple de la Littérature, première université du Vietnam fondée en 1070, où des étudiants en toge viennent encore aujourd’hui se faire photographier avant leurs examens, un rituel de bon augure qui traverse les siècles sans se démoder. Non loin, le mausolée de Ho Chi Minh impose son silence de marbre gris, gardé par une garde d’honneur au pas mesuré.
L’après-midi bascule dans un tout autre Hanoï : le quartier français, ses villas ocre et ses avenues plantées de flamboyants, souvenir tenace de l’Indochine coloniale. On termine sur les rails de la « train street », cette ruelle si étroite que le linge suspendu frôle presque les wagons quand le train passe. Un habitant, assis devant sa porte, nous prévient en souriant : « L’horaire officiel, personne n’y croit vraiment ici, mieux vaut demander au voisin. »
Le tip local : les horaires de la train street changent souvent sans préavis ; demander directement aux cafés qui bordent la voie est plus fiable que n’importe quel site internet.
Nuit à Hanoï.
La route grimpe, les rizières laissent place aux terrasses, et l’air se rafraîchit à mesure qu’on approche des 1000 mètres d’altitude de Bac Ha.
Deux cent cinquante kilomètres de route en lacets, ponctués d’arrêts pour étirer les jambes et observer, depuis un promontoire, les nuages qui s’accrochent aux sommets. En fin de journée, une marche d’une heure environ nous conduit à travers les villages de Lau Thi Ngai et Ta Ho, où vivent les communautés H’Mong Fleurs et Phu La. Une femme en costume traditionnel brodé de rose vif nous salue d’un signe de tête sans interrompre son tissage ; Michelle chuchote que c’est « le plus bel accueil silencieux qu’on ait reçu ».
Le bungalow privé où l’on dort ce soir domine une vallée entière, et le froid soudain de l’altitude nous surprend après la chaleur moite de Hanoï — on ressort les pulls oubliés au fond du sac.
Le tip local : les marchés d’ethnies autour de Bac Ha tournent selon les jours — mardi, mercredi, samedi ou dimanche selon le village — se renseigner la veille permet de ne pas se tromper de vallée.
Nuit en bungalow privé à Bac Ha.
On arrive au marché de Bac Ha alors que le soleil est encore bas, et c’est déjà un tourbillon de couleurs : jupes plissées magenta, foulards indigo, paniers de piments rouge vif posés à même le sol de terre battue.
C’est l’un des marchés ethniques les plus photographiés du Nord Vietnam, et on comprend vite pourquoi : H’Mong Fleurs, Tay, Dao, Phu La et Nung s’y croisent pour vendre buffles, tissus tissés à la main et alcool de maïs distillé au village. Michelle, appareil à la main, murmure : « On dirait qu’un peintre a renversé toute sa palette sur la place du village. » Un vendeur de bijoux en argent nous explique, entre deux gestes, que certains motifs brodés racontent encore l’histoire de la migration de son clan depuis la Chine, des générations plus tôt.
L’après-midi, on file en scooter dans les environs, entre chemins de terre rouge et hameaux isolés, loin de la place principale déjà redevenue tranquille.
Le tip local : le marché de Bac Ha perd de son authenticité passé 11h, quand les cars de tourisme arrivent en nombre — y être dès l’ouverture change complètement l’expérience, et les marchés voisins de Can Cau ou Coc Ly, moins connus, valent aussi le détour selon le jour de la semaine.
Nuit en bungalow privé à Bac Ha.
La route vers Luc Yen serpente entre des collines où, nous dit-on, dorment encore des rubis et des saphirs bruts sous la terre.
Luc Yen est en effet réputée dans tout le pays pour ses gisements de pierres précieuses et son marbre, extrait à mains nues dans de petites carrières familiales. On s’arrête dans un village de l’ethnie Tay, aux maisons sur pilotis de bois sombre, où une grand-mère nous invite à goûter un thé vert cueilli le matin même sur la colline derrière chez elle. Puis vient la partie la plus attendue de la journée : un trek jusqu’à une cascade secrète, connue surtout des habitants, où l’eau tombe en rideau clair dans un bassin naturel.
Michelle, qui hésitait à se baigner, finit par sauter la première : « Tant pis pour les cheveux mouillés, on ne revient pas ici tous les jours. » L’eau est fraîche, presque glacée, et redonne d’un coup toute l’énergie perdue dans la chaleur de la marche.
Le tip local : peu de voyageurs connaissent cette cascade car elle ne figure sur aucune carte touristique classique — c’est un guide local qui en montre le chemin, à travers un sentier qui n’existe pas sur les applications de randonnée.
Nuit en bungalow, ferme d’hôtes près de Luc Yen.
Le village de Ngòi Tu se dévoile après une randonnée à travers des rizières en terrasses qui descendent doucement vers l’eau turquoise du lac de Thac Ba.
Ce lac artificiel, parsemé de centaines d’îlots couverts de forêt, a des allures de baie d’Halong version montagne — sans les foules. On embarque pour une excursion en bateau sur la rivière Chảy, où vivent des familles de l’ethnie Dao à pantalon blanc, reconnaissables à leurs coiffes distinctives. Selon la saison, on peut se baigner directement depuis le bateau, entre deux îlots, dans une eau étonnamment claire pour un lac artificiel.
Le soir, on dort chez l’habitant, dans une maison sur pilotis où la famille prépare le dîner sur un feu de bois pendant qu’on essaie, sans grand succès, d’apprendre trois mots de dialecte local. Michelle résume la soirée avec justesse : « On ne comprend pas un mot de ce qui se dit, et pourtant on rit beaucoup. »
Le tip local : les hôtes de ces maisons sur pilotis apprécient particulièrement qu’on partage un verre d’alcool de riz local avant le repas — un petit geste qui change immédiatement l’ambiance de la soirée, nous confie notre guide.
Nuit chez l’habitant, maison sur pilotis au bord du lac de Thac Ba.
La route est longue ce jour-là — deux cent soixante-dix kilomètres — mais elle traverse des paysages qui changent sans cesse, des collines de thé de Tuyen Quang jusqu’aux premiers pitons karstiques annonçant Ninh Binh.
On surnomme parfois cette région la « baie d’Halong terrestre », et dès les premiers virages on comprend pourquoi : des tours de calcaire émergent brutalement des rizières, comme posées là par erreur. On s’arrête à la pagode de Bich Dong, nichée à flanc de falaise, où notre guide nous raconte que le film « Indochine », avec Catherine Deneuve, y a été tourné à la fin des années 1980 — un détail qui donne d’un coup une autre profondeur au silence du lieu.
On termine la journée chez Hiep, un hôte passionné de bonsaïs qui cultive depuis vingt ans une collection impressionnante d’arbres miniatures dans sa cour. Il nous montre, non sans fierté, celui qui a survécu à trois typhons.
Le tip local : demander à Hiep de raconter l’histoire de ses plus vieux bonsaïs — ce n’est écrit sur aucun guide, mais c’est l’un des moments les plus attachants de l’étape.
Nuit en bungalow chez Hiep, aux portes de Ninh Binh.
Le brouillard matinal s’accroche encore aux sommets quand on embarque pour une balade en barque à travers les grottes naturelles de Ninh Binh.
La rameuse manie parfois les avirons avec les pieds, sans effort apparent, tandis qu’on glisse sous des porches de calcaire à peine assez hauts pour laisser passer la barque. On visite ensuite Thung Nham, réserve d’oiseaux où des milliers de hérons nichent au coucher du soleil, puis Hoa Lư, ancienne capitale impériale du Xe siècle, aujourd’hui simple village entouré de rizières. Le clou de la journée reste l’ascension de Hang Múa : environ 500 marches taillées à flanc de montagne, jambes qui tremblent un peu sur la fin, et puis, d’un coup, un panorama à 360° sur les rizières et les pitons karstiques qui coupe le souffle plus sûrement que la montée elle-même.
Michelle, essoufflée sur les cent dernières marches, lâche entre deux respirations : « Si la vue n’est pas à la hauteur, je redescends en courant. » Elle n’a pas eu besoin de courir.
Le tip local : grimper Hang Múa tôt le matin ou en fin d’après-midi évite la chaleur et la foule — le sommet est étroit et se bouscule vite en milieu de journée, mieux vaut prévoir de l’eau et de bonnes chaussures.
Nuit chez Hiep.
Le bateau quitte Hai Phong et, passé l’île de Cat Ba, la baie de Lan Ha s’ouvre devant nous — plus calme, moins fréquentée que sa célèbre voisine d’Halong, mais tout aussi spectaculaire.
On grimpe à bord d’une jonque privée pour deux jours de navigation entre les rochers. Le kayak entre les îlots reste le moment fort : on pagaie en silence dans des criques étroites, la roche calcaire se refermant presque au-dessus de nos têtes. Michelle manque de faire tomber son téléphone à l’eau en photographiant un aigle qui plane au-dessus de la baie — leçon apprise, l’appareil reste désormais dans un sac étanche. On termine par une baignade depuis le pont, puis un apéritif servi au coucher du soleil, l’équipage proposant même une pêche au calamar une fois la nuit tombée.
« On a l’impression d’être les seuls survivants d’un monde englouti », dit Michelle, allongée sur le pont supérieur, en regardant les derniers rochers se découper dans la lumière orange.
Le tip local : la session de kayak dure environ 45 minutes — mieux vaut protéger son appareil photo dans un sac étanche, l’eau étant, comme le dit un habitué du coin, « le pire ennemi d’un appareil photo » ; la lumière est la plus belle tôt le matin ou en fin d’après-midi, et on peut demander à l’équipage d’allumer la climatisation dans la cabine avant le retour.
Nuit à bord de la jonque, baie de Lan Ha.
Le réveil sonne à 5h30, mais personne ne râle : le lever de soleil sur la baie de Lan Ha, vu depuis le pont de la jonque, vaut largement la nuit écourtée.
On débarque sur l’île de Viet Hai pour explorer son unique village, accessible en vélo ou en voiturette électrique, où quelques centaines d’habitants vivent encore presque coupés du monde extérieur. On visite une maison traditionnelle où une famille cultive fruits et légumes en autosuffisance quasi totale. Le débarquement final se fait vers 11h45, non sans une pointe de nostalgie — deux jours sur l’eau créent des habitudes qu’on n’imaginait pas.
L’après-midi, un vol intérieur nous fait quitter le Nord pour rejoindre Hué. Par le hublot, Michelle regarde une dernière fois les rizières se réduire à des motifs abstraits et lâche : « On a déjà vu trois Vietnam différents, et il en reste encore la moitié. »
Le tip local : réserver la balade à vélo sur Viet Hai plutôt que la voiturette électrique permet de s’arrêter où l’on veut, notamment près des rizières encerclées de montagnes à l’entrée du village.
Nuit à Hué.
On franchit les remparts de la citadelle de Hué juste après l’ouverture, quand la lumière rasante du matin découpe encore les toits de tuiles vernissées.
Classée à l’UNESCO, la citadelle a abrité treize empereurs de la dynastie Nguyen pendant près de trois siècles, et chaque cour, chaque porte semble pensée pour rappeler la hiérarchie du pouvoir impérial. Notre guide, passionné d’histoire locale, nous explique que l’orientation même des bâtiments suivait des règles de géomancie strictes : « Rien n’était laissé au hasard, ni la direction d’une porte, ni la hauteur d’un seuil. » On poursuit vers le mausolée de Minh Mang, plus intime, noyé dans la végétation et les bassins reflétant les pavillons de pierre.
L’après-midi se termine par un atelier d’artisanat local — fabrication de bâtonnets d’encens ou de chapeaux coniques selon les ateliers ouverts ce jour-là — où l’on repart avec les mains encore odorantes de bois de santal.
Le tip local : arriver à la citadelle dès 7h-7h30, à son ouverture, permet d’éviter à la fois la chaleur écrasante de la mi-journée et les groupes de visiteurs qui affluent après 9h.
Nuit à Hué.
La route vers Hoi An commence par un détour peu emprunté par les groupes : le pont couvert de Thanh Toan, à quelques kilomètres à l’est de Hué, entouré de rizières et totalement silencieux ce matin-là.
Pas un bus de touristes en vue, juste quelques paysans qui traversent le pont à vélo. On longe ensuite la plage de Lang Co avant d’attaquer la montée du col des Nuages — Hai Van — où la route serpente entre mer et forêt jusqu’à un promontoire offrant une vue vertigineuse sur la baie de Da Nang. Michelle reste silencieuse un long moment face au panorama, avant de dire simplement : « Je crois que c’est la première fois du voyage où je n’ai rien à dire. » On croise, au sommet, un village de pêcheurs où sèchent des filets multicolores.
En fin d’après-midi, on entre dans Hoi An, ancienne cité marchande classée à l’UNESCO depuis 1999, ex-Faifo des cartes portugaises du XVIe siècle — les façades jaune ocre s’allument déjà des premières lanternes du soir.
Le tip local : le pont de Thanh Toan, contrairement à la citadelle de Hué, reste presque toujours désert le matin — c’est l’endroit idéal pour un vrai moment de campagne vietnamienne sans circuit organisé.
Nuit près de la vieille ville de Hoi An.
On enfourche les vélos avant que la chaleur ne s’installe, direction le village de Kim Bong, réputé depuis des générations pour ses menuisiers et charpentiers.
Un artisan nous laisse manier le ciseau à bois quelques minutes sur une pièce déjà bien avancée — le geste est moins simple qu’il n’y paraît. On continue vers le village de pêcheurs de Tra Nhieu puis vers Van Lang, où l’on pagaie en panier rond au cœur d’une forêt de cocotiers d’eau, sous les conseils rieurs d’un batelier qui nous montre comment tourner sans tomber. Chez Monsieur Han, on assiste à la construction d’une barque en bambou traditionnelle, puis à un cours de cuisine suivi d’un déjeuner fait maison — Tam Huu et poisson grillé, mangés encore chauds à l’ombre d’un auvent.
L’après-midi se termine par un massage des pieds aux herbes médicinales, avant une flânerie dans la vieille ville : pont japonais, maisons anciennes, marché central où les couleurs des fruits rivalisent avec celles des lanternes de soie.
Le tip local : se lever vers 6h et aller directement au marché central avant l’arrivée des groupes est le meilleur moyen de voir Hoi An dans son quotidien réel — et si le calendrier le permet, les nuits de pleine lune, quand la vieille ville éteint ses lumières électriques au profit des seules lanternes, restent un souvenir à part, nous confie notre guide.
Nuit à Hoi An.
Pour la première fois du voyage, la matinée n’a pas de programme fixe — chacun choisit sa version de Hoi An : plage de An Bang pour les uns, dernière balade dans la vieille ville pour les autres.
Michelle opte pour un dernier café face au fleuve Thu Bon, carnet de croquis sur les genoux. En début d’après-midi, on rejoint l’aéroport de Da Nang pour un vol intérieur vers Ho Chi Minh-Ville — Saigon pour tout le monde ici. L’atterrissage est brutal de contraste : après dix jours de rizières, de montagnes et de villages tranquilles, la skyline de gratte-ciels et le bruit urbain frappent d’un coup. Michelle, en descendant de l’avion, lâche un seul mot : « Ça recommence. »
On s’installe le temps d’une soirée dans le quartier central, où les néons remplacent déjà les lanternes de la veille.
Le tip local : traverser une rue à Saigon demande la même technique qu’à Hanoï — pas lent et régulier — mais avec un trafic encore plus dense ; mieux vaut s’entraîner sur une rue secondaire avant d’affronter les grandes artères du centre.
Nuit à Saigon.
Départ à 8h pile vers Ben Tre, porte d’entrée du delta du Mékong, où l’air change encore une fois — plus lourd, plus vert, saturé d’odeur de noix de coco.
On embarque sur le canal Nhan Thanh jusqu’à Cho Lach, en passant par une briqueterie artisanale où des ouvriers façonnent encore les briques à la main avant cuisson au four à bois. Dans un petit atelier familial, on assiste à la fabrication des bonbons à la noix de coco, du pressage du lait jusqu’au découpage des bonbons encore tièdes — Michelle en profite pour en goûter bien plus que sa part raisonnable. La balade en sampan à travers les arroyos bordés de palmiers d’eau, silencieuse hormis le clapot de la pagaie, contraste avec l’agitation de Saigon quittée le matin même.
Le soir, cours de cuisine puis préparation collective du Bánh Xèo, ces grandes crêpes croustillantes à la farine de riz et au lait de coco. Michelle rate sa première, trop épaisse, et déclare en riant : « Celle-ci, on ne la sert à personne. »
Le tip local : demander à visiter une briqueterie familiale plutôt qu’une plus grande unité industrielle donne un aperçu bien plus authentique du savoir-faire artisanal du delta, selon plusieurs voyageurs déjà passés par la région.
Nuit chez Vinh, chambres privées dans des maisons typiques du delta.
La traversée vers Vinh Long se fait entre des îles couvertes de vergers, avant une halte à Sa Dec, petite ville aux canaux bordés de frangipaniers dont le parfum flotte jusque sur l’eau.
C’est ici, dans la maison de Huynh Thuy Le, qu’a vécu l’amant qui inspira Marguerite Duras pour son roman « L’Amant » — un mélange d’architecture chinoise et coloniale française, aux boiseries sombres et aux carreaux de faïence encore d’origine. Notre guide raconte l’histoire avec un mélange de fierté et de recul amusé : « Tout Sa Dec connaît cette histoire, et tout le monde en a sa propre version. » On enchaîne avec un tour de village à vélo, entre canaux étroits et jardins de bonsaïs, avant une traversée du Mékong en bateau privé jusqu’à Can Tho, la nuit tombant doucement sur le fleuve.
Michelle, carnet en main sur le bateau, note simplement : « Duras aurait aimé cette lumière-là, je crois. »
Le tip local : visiter la maison de Huynh Thuy Le en fin d’après-midi plutôt qu’en matinée permet d’éviter les groupes qui s’y arrêtent souvent en premier sur leur circuit, et profite d’une lumière plus douce pour les photos.
Nuit à Can Tho.
Le réveil est encore plus matinal que d’habitude — 5h30 — mais personne ne discute quand la récompense s’appelle le marché flottant de Cai Rang.
Le plus grand marché flottant du delta du Mékong s’anime dès le lever du jour : des centaines de bateaux chargés de fruits, légumes et fleurs se croisent sur l’eau, chacun affichant sa marchandise au bout d’une perche de bambou plantée à la proue — un système d’enseigne ingénieux qui évite d’avoir à crier son offre. On navigue en petit bateau privé, plus maniable qu’un gros bateau de groupe, pour se faufiler entre les embarcations et acheter directement aux vendeuses des mangues encore fraîches du matin. Michelle, un ananas à la main qu’elle vient de négocier depuis le bateau, s’exclame : « C’est le seul marché où j’ai fait mes courses sans poser un pied par terre. »
On prolonge la matinée en explorant les petits bras du Mékong, entre cocotiers d’eau et palétuviers, avant de reprendre la route vers Saigon en fin de journée.
Le tip local : partir vers 5h30 plutôt que 7h fait toute la différence — le marché est déjà bien moins animé passé 10h, et un petit bateau privé (environ 250 000 VND pour trois heures) permet de se faufiler là où les grosses embarcations de groupe ne passent pas ; le marché voisin de Phong Dien, moins connu, est souvent décrit par les habitués comme « encore plus vivant ».
Nuit à Saigon.
Dernière matinée, et Saigon se montre sous son visage le plus colonial : le bureau central de la Poste, dessiné dans l’esprit de Gustave Eiffel, puis l’Opéra municipal et la cathédrale Notre-Dame, toute de briques rouges importées de Marseille.
On termine par le quartier chinois de Cho Lon et sa pagode Thien Hau, où l’encens forme d’immenses spirales suspendues qui brûlent pendant plusieurs semaines. Un vendeur du marché de Ben Thanh, où l’on flâne pour les derniers souvenirs, nous glisse avec un clin d’œil : « Ici, le vrai prix commence toujours après la négociation » — un rappel que les étals touristiques du centre affichent souvent le double ou le triple du juste prix. Michelle referme son carnet de croquis, rempli page après page depuis dix-huit jours, et regarde une dernière fois la rue grouillante avant de dire : « On a vu cent visages, et il en reste sûrement cent autres pour la prochaine fois. »
Officiellement rebaptisée Ho Chi Minh-Ville en 1976, Saigon garde, dans ses avenues et ses façades, la mémoire tenace de l’Indochine française — un dernier clin d’œil avant le transfert vers l’aéroport.
Le tip local : pour un dernier repas plus authentique et moins cher, mieux vaut s’éloigner des rues touristiques des districts 1 et 2 — la même qualité de pho ou de banh mi s’y trouve souvent pour moitié prix, quelques rues plus loin.
Fin des services à Saigon, transfert vers l’aéroport.
Ce carnet de voyage couvre un circuit de 18 jours, du Nord au Sud du Vietnam : Hanoï, Bac Ha, Luc Yen, le lac de Thac Ba, Ninh Binh, la baie de Lan Ha, Hué, Hoi An, Saigon et le delta du Mékong jusqu’au marché flottant de Cai Rang.
Le circuit reste accessible à toute personne en bonne forme générale. Le passage le plus physique est l’ascension de Hang Múa à Ninh Binh, environ 500 marches en pente, ainsi que quelques marches d’1h à 1h30 dans les villages ethniques du Nord. Rien d’insurmontable, mais de bonnes chaussures sont recommandées.
Le printemps (mars-avril) et l’automne (septembre-novembre) offrent le meilleur compromis entre températures agréables et faible risque de pluie, aussi bien dans le Nord montagneux que dans le delta du Mékong.
Le guide francophone et le chauffeur privé pendant tout le circuit, deux vols intérieurs (Lan Ha/Hué et Da Nang/Saigon), une nuit en croisière sur jonque privée dans la baie de Lan Ha, ainsi que plusieurs expériences chez l’habitant et ateliers artisanaux tout au long du parcours.
Oui, à plusieurs reprises : une nuit dans une maison sur pilotis au bord du lac de Thac Ba, une nuit à bord de la jonque dans la baie de Lan Ha, et une nuit chez l’habitant dans le delta du Mékong près de Ben Tre — trois expériences très différentes d’immersion authentique.
Absolument, ce circuit se prête bien à une extension régionale. Pour prolonger l’expérience d’hébergements authentiques en Asie du Sud-Est, on peut consulter notre article sur comment profiter d’hébergements authentiques au Vietnam, au Laos et au Cambodge, ou nous contacter directement pour construire un itinéraire sur mesure.
Ce qui reste de ces 18 jours, ce ne sont pas les kilomètres parcourus ni la liste des sites visités. C’est le sourire d’une brodeuse H’Mong à Bac Ha, la fraîcheur d’une cascade que peu de voyageurs connaissent, le silence de Michelle face au col des Nuages, ou encore le goût d’un Bánh Xèo raté et partagé quand même, un soir, dans une maison du delta du Mékong.
On a traversé des montagnes où vivent les ethnies H’Mong et Dao, navigué entre les pitons karstiques de deux baies différentes, marché dans l’ombre des empereurs Nguyen à Hué, pédalé dans les ateliers d’artisans à Hoi An et flotté au petit matin parmi les sampans du delta. Dix-huit jours, et pourtant l’impression, à l’arrivée, que le Vietnam aux cent visages en a encore montré à peine la moitié.
C’est précisément ce que Visages d’Asie cherche à offrir à chaque voyage : la rencontre plutôt que la simple visite, l’authenticité plutôt que la carte postale, hors des sentiers battus sans jamais oublier les incontournables qui font, eux aussi, la beauté du pays.
Ce carnet de voyage s’inspire du circuit Évasion vietnamienne : trésors cachés et rencontres authentiques, que vous pouvez retrouver en détail sur notre site. Envie d’explorer d’autres itinéraires à travers le pays ? Découvrez tous nos circuits sur mesure au Vietnam. Pour construire votre propre voyage, du Nord montagneux au delta du Mékong, demandez votre devis gratuit et nos experts francophones vous accompagnent à chaque étape.