Chez Visages d’Asie, chaque circuit qui passe par Ninh Binh se termine par la même question posée à nos voyageurs à leur retour : qu’est-ce qui vous a le plus marqué ? Au fil des saisons et des dizaines de témoignages recueillis, un mot revient sans cesse : surprise.
C’est de ces échanges qu’est né ce carnet, pas un guide rédigé d’un trait depuis un bureau, mais une compilation de ce que nos clients nous racontent au retour de leurs barques, de leurs marches grimpées un peu trop vite, de leurs bols de phở avalés entre deux excursions. Vingt sites en tout, glanés saison après saison auprès de voyageurs différents, parce qu’à Ninh Binh, chaque mois redessine le paysage, les rizières passent du vert tendre à l’or, les lotus envahissent les lagunes puis disparaissent, les papillons remplissent la forêt pendant quelques jours seulement avant de s’évanouir.
Si vous cherchez une liste sèche des choses à voir, elle est juste ci-dessous. Mais si vous avez quelques minutes, suivez plutôt l’ordre dans lequel nos voyageurs découvrent le plus souvent cette région que l’on surnomme la baie d’Halong terrestre, et qui mérite, nous le constatons à chaque retour, bien mieux que cette simple comparaison.
Voici maintenant comment nos voyageurs les découvrent le plus souvent, dans l’ordre où leurs récits se recoupent :
Pour la plupart de nos voyageurs, le premier vrai contact avec Ninh Binh n’a pas lieu sur l’eau, mais sur la terre battue de l’ancienne capitale Hoa Lu. Les guides locaux prennent souvent quelques minutes à expliquer que ce site, aujourd’hui silencieux, ne fut capitale du Dai Viet que pendant 42 ans : un règne bref, mais suffisant pour y ancrer les fondations de l’unification nationale, des victoires contre les Song et de la pacification des Cham. Le sol qu’on foule ici a porté les dynasties Dinh, Lê antérieur puis Ly, avant que la capitale ne soit transférée à Thang Long, l’actuelle Hanoï.
À l’intérieur de l’enceinte se dressent deux temples, distants d’à peine 300 mètres l’un de l’autre. Le premier, dédié au roi Dinh Tien Hoang, suit le plan classique « nội công ngoại quốc » et abrite, sous son toit, les tablettes funéraires du souverain, de ses proches et des généraux de la dynastie. Des fouilles y ont révélé des briques ornées de lotus et de phénix entrelacés. Le second temple honore Le Dai Hanh, fondateur de la dynastie des Lê antérieurs et vainqueur des troupes Song, mais aussi l’impératrice douairière Duong Van Nga, que l’on retrouve plus loin dans ce carnet, du côté de Tuyet Tinh Coc. Chaque année, au 3e mois lunaire, un festival anime le site : tambours, processions, et la foule des habitants venus, comme il y a mille ans, demander paix et prospérité.
Beaucoup de nos voyageurs poursuivent en fin de journée vers la pagode de Bai Dinh, à quelques kilomètres de là, sur les flancs du mont Dinh. Rien ne prépare vraiment à l’échelle du lieu : un couloir de statues d’Arhat qui semble ne jamais finir, un Bouddha de bronze dont la taille rend muet, des jardins où le silence contraste avec la démesure architecturale. Selon la saison, ils y croisent soit l’effervescence du Têt et des pèlerinages de début d’année, soit un calme presque monastique en milieu de semaine. Les deux valent le détour, pour des raisons opposées.
Si Ninh Binh mérite son surnom de baie d’Halong terrestre, c’est ici, sur la rivière Ngo Dong, que l’image prend tout son sens. À Tam Coc – Bich Dong, une rameuse, souvent ramant des pieds, dans une posture qui surprend toujours les visiteurs occidentaux, fait glisser la barque à travers trois grottes calcaires successives, Hang Ca, Hang Hai et Hang Ba, sous des falaises qui semblent se refermer sur l’eau.
À quelques kilomètres, Thung Nang, la « vallée du Soleil », propose une variante plus intimiste, en barque de rotin cette fois. Le site se scinde en deux : Thung Nang Ngoai, la vallée extérieure, rustique et largement ouverte sur les rizières, et Thung Nang Trong, plus secrète, où s’enchaînent des grottes fraîches presque désertées. C’est, selon plusieurs témoignages, l’endroit où l’on croise le moins de monde de tout le séjour.
Pour la vue d’ensemble, rien ne remplace l’ascension de Hang Mua, surnommée, sans trop d’exagération, la « Grande Muraille miniature » de Ninh Binh. Les près de 500 marches de pierre découragent une partie des visiteurs avant même le premier virage ; ceux qui s’accrochent sont récompensés par un panorama sur les méandres de Tam Coc qui, leur fait oublier d’un coup la chaleur et les mollets en feu. La légende locale veut que le roi Tran Thai Tong venait ici même admirer les danses de ses courtisanes lors de ses retraites au temple voisin de Thai Vi, d’où le nom de « grotte de la Danse ».
Non loin, un lieu plus discret mérite le détour : Tuyet Tinh Coc, que les voyageurs ont rebaptisé d’après son atmosphère de film d’époque, mais que les locaux appellent Dong Am Tien. Ancien tribunal sous le règne de Dinh Tien Hoang, le vallon devint plus tard le refuge de méditation de l’impératrice douairière Duong Van Nga, celle-là même rencontrée au temple de Le Dai Hanh. Le lac turquoise, enchâssé dans des falaises abruptes, et les petites barques en bois échouées sur la rive composent une scène presque trop parfaite pour les amateurs de photographie.
Le voyage s’achève en général cette deuxième journée par l’ascension de Nui Non Nuoc, aussi appelée Duc Thuy Son, la « montagne des poèmes ». Moins spectaculaire que Hang Mua, elle a inspiré des générations d’érudits vietnamiens qui, depuis son sommet, contemplaient la rivière Day se mêler à l’agitation de la ville. Ce n’est pas le site le plus impressionnant du carnet, mais c’est sans doute celui où l’on comprend le mieux pourquoi Ninh Binh a, depuis des siècles, nourri tant de poésie.
Au bout de deux jours passés sur l’eau, beaucoup de nos voyageurs ressentent le besoin d’autre chose. C’est dans le district de Nho Quan qu’ils trouvent ce contraste, à commencer par la lagune de Van Long. Ceinte d’îlots rocheux et de vallées immergées, elle abrite une faune étonnamment dense pour un site aussi proche des circuits touristiques classiques — refuge d’oiseaux migrateurs, et terrain de jeu pour une barque de bambou bien plus calme que celles de Tam Coc. Si l’on peut choisir sa date, mai ou juin restent les mois conseillés : c’est la saison où les lotus recouvrent la réserve d’un voile rose, et où nos voyageurs photographes nous racontent souvent avoir perdu un temps fou à essayer de capturer la bonne lumière.
À une vingtaine de minutes de là, le lac Dong Chuong offre une autre version du calme : des forêts de pins centenaires qui se reflètent dans une eau d’une limpidité presque suspecte, et assez d’espace pour camper, pêcher ou pagayer en kayak sans croiser personne. En été, la lumière dorée de fin d’après-midi y est, selon plusieurs récits, l’une des plus belles de toute la région.
Le parc national Cuc Phuong, à cheval sur les provinces de Ninh Binh, Hoa Binh et Thanh Hoa, mérite une mention à part : c’est le premier parc national jamais créé au Vietnam, fondé au début des années 1960. Sous ses frondaisons anciennes vit l’un des centres de sauvegarde des primates les plus reconnus du pays, et la grotte préhistorique de Con Moong – actuellement candidate à une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO – y conserve des traces d’occupation humaine remontant à plusieurs millénaires. Si le calendrier le permet, les derniers jours de mai y offrent un spectacle que plusieurs de nos voyageurs décrivent comme unique en son genre : des milliers de papillons multicolores envahissant la forêt pendant quelques jours, avant de disparaître aussi vite qu’ils sont apparus.
Pour finir cette parenthèse nature sur une note plus légère, la colline aux ananas de Tam Diep, que les habitants surnomment volontiers le « petit Da Lat » de la région, vaut le détour en juin-juillet, lorsque les champs de broméliacées se parent d’or sous un air étonnamment frais pour la saison. On y vient autant pour la cueillette que pour le panorama, et c’est sans doute le site le plus simple de ce carnet, ce qui, pour beaucoup de nos voyageurs, en fait justement le charme.
Il existe, autour de Trang An, tout un réseau de grottes que la plupart des visiteurs pressés ignorent complètement et c’est précisément ce qui pousse certains de nos voyageurs à y revenir plusieurs fois.
Le parc écotouristique de Thung Nham, à une douzaine de kilomètres de Ninh Binh, sert souvent de point d’entrée : 300 hectares où montagnes karstiques, forêts immergées et vergers se superposent sans hiérarchie apparente. On y navigue en barque jusqu’à la grotte de la Fée (Dong Tien Ca) ou la grotte de la Pagode (Hang But), dont les parois jouent avec la lumière de façon presque théâtrale. Mais le vrai spectacle, selon les retours que nous recueillons, arrive au crépuscule, quand des milliers d’oiseaux convergent vers le jardin sauvage du parc pour la nuit, un vacarme magnifique qu’aucune photo ne rend justice.
Pour qui préfère l’effort physique à la contemplation, Hang Sang, la grotte de la Lumière, se découvre en kayak plutôt qu’en barque traditionnelle, ce qui change complètement le rapport au lieu : on choisit son angle, son rythme, on s’arrête là où les stalactites le méritent. Le site déborde largement de la cavité elle-même, avec des possibilités d’escalade, de camping ou de randonnée en forêt pour qui veut prolonger l’aventure.
À l’opposé, Hang Toi ( la grotte Sombre), joue la carte de l’intimité : 320 mètres sous une voûte basse, un éclairage volontairement tamisé, et des formations qui semblent avoir mis des millénaires à se sculpter elles-mêmes, ce qui, techniquement, est exactement ce qui s’est passé. C’est, de tout ce carnet, le site le moins fréquenté selon nos voyageurs.
Le trio Hang Sinh, Hang Si et Hang Ba Giot fonctionne presque comme un musée géologique à ciel fermé : on y devine, dans le calcaire, des millions d’années d’érosion patiente. La grotte des Trois Gouttes (Hang Ba Giot) doit son nom à une croyance locale que les guides prennent un malin plaisir à raconter à chaque groupe : quiconque reçoit trois gouttes d’eau tombant d’une stalactite verrait sa vie amoureuse s’épanouir. Personne, à notre connaissance, n’a vérifié l’efficacité de la méthode, mais l’anecdote suffit à elle seule à justifier l’arrêt.
Enfin, Hang Nau Ruou, la grotte de la Distillation, referme ce chapitre souterrain sur une note presque gastronomique. Longue de 250 mètres, elle s’enfonce dans des eaux profondes de plus de 10 mètres, reliées par des veines souterraines jusqu’à l’ancienne capitale Hoa Lu. La légende, que l’archéologie semble confirmer par la découverte d’anciennes jarres en céramique, raconte que les habitants y distillaient autrefois l’alcool destiné aux souverains. Difficile de trouver meilleure conclusion à une journée passée sous terre.
Le dernier chapitre de ce carnet éloigne des grottes et des rizières pour se rapprocher, enfin, de la mer, un Ninh Binh que presque personne ne mentionne.
À une trentaine de kilomètres du centre, la cathédrale de pierre de Phat Diem impose immédiatement le respect, et pas seulement par sa taille. Bâtie en pierre bleue et bois de fer sur près de trois décennies, elle fusionne sans complexe l’architecture des cathédrales gothiques et la sérénité des pagodes vietnamiennes traditionnelles, un mariage qui, sur le papier, semblait improbable, et qui fonctionne pourtant à la perfection une fois sur place.
Phat Diem se trouve dans le district de Kim Son, qui possède sa propre curiosité géographique : Ninh Binh, pourtant réputée pour ses terres intérieures, donne aussi sur la mer. La plage de Kim Son s’étire sur 18 kilomètres de sable et de digues, loin des sentiers battus, entre prairies, fermes aquacoles et forêts de protection. Peu de voyageurs francophones s’y rendent, ce qui, pour plusieurs d’entre eux, en a fait l’un des moments préférés de leur séjour, pour la simple raison qu’ils n’y ont croisé presque personne.
Le joyau de cette zone reste l’îlot de Con Noi, intégré à la réserve de biosphère du delta du fleuve Rouge reconnue par l’UNESCO. Entre mangroves et étendues marines, on y croise des espèces rares comme la grue à cou rouge, à condition d’avoir un peu de patience et, idéalement, des jumelles. C’est un écotourisme à l’état brut, sans infrastructure clinquante, et la sensation qui revient le plus souvent dans le récit de nos voyageurs, qu’ils ouvrent ou ferment leur séjour ici, est celle d’avoir découvert un endroit que la plupart des guides oublient de mentionner.
Comment y aller depuis Hanoï : environ 95 km au sud de la capitale, soit 2h à 2h30 par la route (voiture privée ou bus) ou un trajet équivalent en train jusqu’à la gare de Ninh Binh.
Combien de temps prévoir : 2 jours suffisent pour les essentiels (Tam Coc ou Trang An, Bai Dinh, Hang Mua). Comptez 4 à 5 jours pour suivre l’intégralité de ce carnet, grottes secrètes et littoral inclus.
Meilleure période : d’octobre à avril pour un climat sec et frais ; mai-juin pour les lotus de Van Long et les papillons de Cuc Phuong. Évitez juillet-août, plus chauds et humides.
Bon à savoir : depuis le 1er juillet 2025, la province de Ninh Binh a fusionné administrativement avec celles de Ha Nam et Nam Dinh pour former une nouvelle entité conservant le nom de Ninh Binh. L’ancienne ville de Ninh Binh a été rebaptisée ville de Hoa Lu, devenue le centre administratif de cet ensemble. Cela ne change rien à l’expérience décrite dans ce carnet : les 20 sites mentionnés restent regroupés dans le même périmètre géographique qu’auparavant.
Deux jours suffisent pour les sites essentiels (Tam Coc ou Trang An, la pagode de Bai Dinh, Hang Mua). Pour explorer l’ensemble des 20 sites de ce carnet, mieux vaut prévoir 4 à 5 jours, en alternant excursions sur l’eau, randonnées et journées plus tranquilles en pleine nature.
D’octobre à avril, le climat reste sec et tempéré, idéal pour les balades en barque et les ascensions comme celle de Hang Mua. Mai et juin ajoutent deux attraits saisonniers : la floraison des lotus à Van Long et, en fin de mois, l’envol massif des papillons à Cuc Phuong. Juillet et août sont plus chauds et humides.
Ninh Binh se trouve à environ 95 km au sud de Hanoï, soit 2h à 2h30 de route en voiture privée ou en bus, ou un trajet équivalent en train jusqu’à la gare de Ninh Binh.
Le surnom vient de ses pitons karstiques qui émergent des rizières inondées de Tam Coc et de Trang An, rappelant sur la terre ferme les célèbres îles calcaires de la baie d’Ha Long. La région abrite par ailleurs l’un des plus vastes réseaux de grottes souterraines d’Asie du Sud-Est.
Au minimum : l’ancienne capitale Hoa Lu, la pagode de Bai Dinh, la descente en barque à Tam Coc ou Trang An, et la montée à Hang Mua pour la vue d’ensemble. Les autres sites de ce carnet, grottes secrètes, lac de Dong Chuong, littoral de Kim Son, s’adressent à ceux qui disposent de plus de temps ou reviennent pour un second séjour.
Non. Depuis le 1er juillet 2025, les provinces de Ninh Binh, Ha Nam et Nam Dinh ont fusionné en une seule entité administrative, qui a conservé le nom de Ninh Binh. L’ancienne ville de Ninh Binh est désormais appelée Hoa Lu, devenue le centre politique et administratif de ce nouvel ensemble. Les sites touristiques décrits dans cet article restent regroupés dans le même périmètre géographique qu’auparavant.
Ce carnet continuera sans doute à s’enrichir au fil des prochains retours de nos voyageurs, Ninh Binh a ce don de toujours garder un site en réserve. Si vous préférez ne pas improviser et construire un itinéraire sur mesure à travers ces 20 sites, notre équipe peut vous accompagner pas à pas, de la première barque jusqu’à la dernière marche de Hang Mua. Contactez-nous pour en discuter.