Il existe au Vietnam un train de luxe Vietage qui ne cherche pas à arriver vite, mais à arriver bien. Ce train de luxe Vietage relie Đà Nẵng à Quy Nhơn en six heures à peine, à un peu plus de cinquante kilomètres-heure de moyenne, le long d’une côte que la vitesse a longtemps privée de son sens. Ici, on ne compte plus les minutes : on regarde les rizières changer de vert, on hume le café fraîchement passé, on se laisse gagner par cette torpeur douce que seuls les trains savent offrir. En effet, ce wagon unique, accroché au mythique Reunification Express, incarne un mouvement plus large : celui d’un tourisme qui ralentit, s’attarde, et choisit la route plutôt que la destination.
Avant de monter à bord, le voyage commence ailleurs, à Hội An. Car c’est là, dans les ruelles ocre de la vieille ville classée à l’UNESCO, que l’histoire prend racine.
On pose ses valises à Hội An en fin de matinée, et la ville s’impose d’emblée par sa lumière dorée et son silence feutré, presque irréel pour une ancienne cité marchande. D’ailleurs, les maisons à colonnades, aux volets bleu délavé, portent encore les traces de trois siècles de commercee : idéogrammes chinois gravés sur le bois, lanternes japonaises suspendues aux porches, façades hollandaises et comptoirs français qui se côtoient sans jamais se contredire. Du XVIe au XVIIIe siècle, Hội An fut l’un des grands ports de l’Asie du Sud-Est, un carrefour où marchands chinois, japonais, portugais et hollandais venaient négocier soie, céramique et épices. Le guide de la vieille ville de Hội An recommande d’ailleurs d’y consacrer au moins une nuit avant de rejoindre la gare de Đà Nẵng.
L’après-midi se prête à la flânerie sans itinéraire fixe : on traverse le pont couvert japonais (Chùa Cầu), on s’attarde devant les maisons communales chinoises de Phúc Kiến, on s’arrête pour un café glacé sur les berges du fleuve Thu Bồn. À la tombée du jour, la ville change de visage. Des centaines de lanternes en soie s’allument le long des quais, et les échoppes d’artisans laissent filtrer une odeur de bois de santal et de cire chaude. Le soir venu, on dîne d’un cao lầu, spécialité locale à base de nouilles épaisses et de porc grillé, avant de rejoindre un hôtel en bordure de la rivière, à trente-cinq kilomètres de la gare de Đà Nẵng, en vue d’embarquer le lendemain à bord du train de luxe Vietage.
Le lendemain matin, direction Đà Nẵng, à une petite demi-heure de route. C’est de là, dans cette rade que les Français appelaient autrefois Tourane, que le voyage à bord du train de luxe Vietage commence vraiment.
L’accueil donne le ton : les passagers du Vietage sont reçus dans un salon privé de la gare, où l’on sert un thé à l’hibiscus pendant qu’une hôtesse détaille le déroulé de la journée. Quand le train entre en gare, l’équipe accompagne chacun jusqu’au quai. Vu de l’extérieur, le wagon du Vietage se fond presque dans la file des voitures du Reunification Express — cette ligne construite par les ingénieurs français, bombardée pendant la guerre du Vietnam, puis restaurée après la réunification du pays en 1976, et qui relie aujourd’hui Hà Nội à Hồ Chí Minh-Ville sur plus de 1 600 kilomètres. Mais dès qu’on franchit la porte du wagon, le décor bascule : parquet clair, paravents en rotin, bar en demi-lune en marbre blanc, esthétique indochinoise revisitée avec chaleur. Au total, douze passagers seulement prennent place, répartis dans six cabines privées de deux fauteuils club, protégées par de lourds rideaux couleur crème.
Le train s’ébranle et, aussitôt, des serveurs gantés de blanc proposent viennoiseries françaises et cafés de grand cru. Par les larges baies vitrées, Đà Nẵng défile : le flot ininterrompu de scooters, les gargotes de rue où l’on mange le phở assis sur de petits tabourets en plastique, les trottoirs encombrés de vendeurs ambulants. Puis la ville se dilue peu à peu. Les faubourgs cèdent la place à des hameaux où des écoliers en uniforme marchent en groupe, où des paysannes coiffées du chapeau conique traditionnel travaillent la terre, où des buffles d’eau paissent parmi les aigrettes blanches. Progressivement, le train longe des rizières d’un vert électrique, franchit des rivières parcourues de sampans, traverse des étangs constellés de fleurs de lotus, tandis qu’à l’horizon des montagnes voilées de brume dessinent l’arrière-pays.
Vers midi, un massage du dos et des épaules de quinze minutes, dispensé dans un espace dédié à l’arrière du wagon, précède un déjeuner gastronomique trois services signé par le chef exécutif du train de luxe Vietage, qui marie techniques françaises et cuisine vietnamienne contemporaine : terrine de foie gras, bœuf wagyu braisé, poisson de la côte, légumes du marché de Hội An. Par ailleurs, vins, cocktails et mocktails sont servis à volonté durant tout le trajet.
Le train atteint Quy Nhơn en tout début d’après-midi, après environ six heures de route à travers l’un des plus beaux paysages côtiers du centre du Vietnam. Il faut alors quitter cette bulle hors du temps — mais un autre refuge attend : une villa entourée de rizières et de collines rondes, avec piscine à débordement face à une plage cernée de frangipaniers, où seuls quelques bateaux de pêche amarrés viennent troubler l’immensité bleue de la mer Orientale
Contrairement à Hội An ou Nha Trang, Quy Nhơn n’a pas (encore) cédé à un tourisme de masse. On y passe la journée entre criques discrètes, pagodes anciennes et marché aux poissons animé dès l’aube. Notamment, la plage de Kỳ Co, accessible en bateau depuis le port, offre une eau turquoise et des formations rocheuses spectaculaires ; les tours cham de Đôi, vestiges du royaume du Champa datant du XIIe siècle, rappellent que cette côte fut, bien avant le Vietnam moderne, un territoire disputé entre civilisations. En fin de journée, on peut prolonger l’expérience du train de luxe Vietage : depuis mai 2024, un second wagon assure un aller-retour quotidien entre Quy Nhơn et Nha Trang, cette fois en cinq heures, avec un service de thé de l’après-midi mettant à l’honneur caviar local, fromages artisanaux vietnamiens et thés d’exception de la maison Epicurean Sao.
Ce que le train de luxe Vietage propose, au fond, dépasse la simple traversée entre deux villes. C’est une manière de reconquérir le temps, de redonner de l’épaisseur au trajet lui-même — cette part du voyage que l’avion et l’autoroute ont progressivement effacée. En choisissant le rail plutôt que la route, en s’appuyant sur une infrastructure existante plutôt qu’en creusant de nouvelles voies, le Vietage incarne aussi une forme de tourisme plus sobre, qui valorise le patrimoine ferroviaire vietnamien au lieu de le remplacer. Au final, de Hội An aux criques de Quy Nhơn, en passant par ces six heures suspendues entre rizières et mer de Chine, ce voyage rappelle une évidence trop souvent oubliée : parfois, la plus belle façon d’arriver quelque part, c’est de prendre le temps d’y aller.
Le trajet dure environ six heures, à une vitesse moyenne de 50 à 52 km/h. Le train part le matin de la gare de Đà Nẵng et arrive à Quy Nhơn en tout début d’après-midi. Le trajet retour, de Quy Nhơn à Đà Nẵng, propose en plus des cabines-couchettes selon disponibilité.
Le tarif (environ 185 à 450 USD par personne selon la saison, la période de réservation et les offres combinées avec un séjour Anantara ou Avani) inclut le trajet en cabine privée, un menu gastronomique trois services, les boissons à volonté (vins, cocktails, thés, cafés) et un massage du dos et des épaules de quinze minutes. Par conséquent, il est conseillé de vérifier le tarif exact et à jour directement sur le site officiel avant de réserver. Les avis sur TripAdvisor sont globalement très positifs sur le service et la gastronomie, même si certains voyageurs rappellent qu’il s’agit toujours d’un wagon accroché à un train public classique, avec une climatisation parfois perçue comme modérée. Pour les amateurs de voyage ferroviaire lent et de gastronomie, l’expérience est jugée mémorable ; pour un simple transfert rapide, ce n’est clairement pas le bon choix.
Oui : en effet, avec seulement douze places par trajet réparties en six cabines, les départs se remplissent vite, surtout en haute saison (de février à août) et pendant les vacances vietnamiennes. Il est recommandé de réserver au moins deux à trois semaines à l’avance directement via le site officiel thevietagetrain.com ou en combinaison avec un séjour à l’Anantara Hoi An Resort, l’Anantara Quy Nhơn Villas ou l’Avani Quy Nhơn Resort.
Les enfants sont acceptés à tout âge. Ceux de moins de quatre ans voyagent gratuitement s’ils partagent le siège et le repas d’un adulte (un enfant gratuit par adulte payant maximum) ; à partir de quatre ans, le tarif adulte s’applique. L’espace des cabines reste toutefois compact, ce qui convainc davantage les familles en quête de calme que celles avec de très jeunes enfants agités.
C’est possible mais non recommandé. Hội An se trouve à environ trente-cinq kilomètres de la gare de Đà Nẵng (30 à 45 minutes de route selon le trafic), et la visite de la vieille ville mérite au minimum une demi-journée, idéalement une nuit sur place pour profiter de l’ambiance nocturne des lanternes. La plupart des voyageurs dorment à Hội An la veille du départ du train.