Des minorités ethniques du Vietnam : l'âme secrète des montagnes du Nord

Des minorités ethniques du Vietnam : l'âme secrète des montagnes du Nord

La brume se lève doucement sur les rizières en terrasses. Au loin, une silhouette en tunique indigo avance sur un sentier de crête, un panier d’osier sur le dos. Ce n’est pas une image de carte postale. C’est le quotidien, immuable depuis des générations, des minorités ethniques du Vietnam. Partir à la rencontre des minorités ethniques du Vietnam, ce n’est pas cocher une case sur un circuit touristique. C’est accepter de ralentir, d’écouter, et parfois de se taire pour comprendre.

Dans le Nord montagneux du pays, entre Sapa, Ha Giang, Bac Ha et Mai Chau, vivent une cinquantaine d’ethnies. Leurs costumes, leurs langues et leurs croyances diffèrent nettement d’un peuple à l’autre. Les H’mong noirs et fleuris, les Dao rouges, les Tày, les Nùng et les Giáy comptent parmi les plus visibles. Avec les Thaï blancs, ils tissent depuis des siècles une mosaïque culturelle rare en Asie du Sud-Est. Voyager ici, c’est traverser des paysages à couper le souffle. Mais c’est surtout, si l’on prend le temps, partager un repas ou dormir sous un toit de chaume. C’est aussi apprendre à teindre le chanvre à l’indigo. C’est enfin marcher aux côtés d’une grand-mère qui rentre du marché.

Ce guide propose un itinéraire de trois jours à la rencontre des minorités ethniques du Vietnam. Il dresse aussi un tour d’horizon des destinations où l’immersion reste sincère, loin des foules.

Sapa et sa vallée : premiers villages ethniques et point de départ de la rencontre

Sapa demeure la porte d’entrée la plus accessible vers les minorités ethniques du Vietnam. Pourtant, la ville elle-même s’est considérablement urbanisée. La véritable magie se niche désormais dans les villages alentour. À Ta Van, les familles Giay et H’mong noir vivent côte à côte au milieu des rizières. De nombreux foyers y ouvrent leurs portes en homestay. À Ta Phin, à une douzaine de kilomètres au nord-est, la communauté Dao rouge est réputée pour ses bains de plantes médicinales. Cette tradition se transmet de mère en fille depuis des siècles. Pour les voyageurs en quête de calme, le hameau de Ma Tra reste beaucoup moins fréquenté. Il offre un aperçu plus brut du quotidien villageois, sans mise en scène.

Les H'mong noirs et fleuris de la vallée de Muong Hoa

Les H’mong forment le groupe le plus visible. On les distingue en H’mong noir, fleuri et blanc, selon la couleur dominante de leurs costumes. Les femmes H’mong noir portent des tuniques de chanvre teintes à l’indigo, si sombres qu’elles paraissent presque bleu nuit. Cet art de la teinture demande de fermenter les feuilles, de les battre, puis de tremper les tissus une dizaine de fois. Vivant en altitude au-dessus de 1000 mètres, ils cultivent le maïs et le riz en terrasses. Ils pratiquent aussi un animisme où chaque forêt, chaque rocher, chaque source a son esprit gardien.

Les Dao rouges de Ta Phin

Les Dao rouges (Dao đỏ) se reconnaissent entre mille à leur turban écarlate, souvent surmonté de pompons ou de perles d’argent. Un autre signe distinctif : leurs sourcils intégralement épilés, selon un canon de beauté traditionnel. Par ailleurs, leur système d’écriture, dérivé de caractères chinois anciens, sert encore aujourd’hui à transcrire des textes rituels lus par les chamanes. Leurs bains de plantes médicinales et leurs broderies au fil de soie se transmettent oralement de génération en génération. Ils restent leur signature culturelle la plus connue.culturelle la plus connue.

Les Tày, plus grande minorité ethnique du Vietnam

Les Tày constituent la plus importante minorité ethnique du Vietnam en nombre. Ils occupent traditionnellement les vallées plus basses et fertiles. Leurs maisons sur pilotis en bois, souvent immenses, peuvent abriter plusieurs générations. Elles forment un marqueur architectural fort de la région. Leur brocart tissé à la main (thổ cẩm) l’est tout autant, de même que le hát then. Ce chant rituel, accompagné d’un luth à trois cordes, servait autrefois aux chamanes pour dialoguer avec les esprits.

Les Giáy de Ta Van

Les Giáy, présents notamment à Ta Van, forment un groupe plus discret. Leur identité reste pourtant bien vivace. Proches linguistiquement des Tày et des Thaï, ils cultivent le riz inondé dans les vallées. Chaque printemps, ils célèbrent le festival Roóng Poọc, une cérémonie d’ouverture de la saison agricole. Elle est marquée par des jeux traditionnels et des offrandes aux esprits de la terre.

Les Xà Phó, une rencontre plus rare

Enfin, les Xà Phó forment une branche des Phù Lá que l’on rencontre plus rarement, autour de Sapa et dans le district voisin de Van Ban. Ils se distinguent par des costumes noirs richement brodés de motifs géométriques rouges et roses, souvent agrémentés de pompons colorés. Beaucoup moins exposés au tourisme que leurs voisins, ils conservent des pratiques sociales bien à eux. Les femmes y jouent un rôle important dans la transmission du savoir-faire textile. Les rencontrer, c’est sortir des sentiers les plus balisés de la vallée de Sapa.

Ha Giang : l'immersion la plus spectaculaire chez les tribus des montagnes

Plus au nord-est, le plateau karstique de Ha Giang offre une rencontre plus rude avec les minorités ethniques du Vietnam. La boucle de Ha Giang, souvent parcourue à moto, traverse Yen Minh, Dong Van et Meo Vac. Elle rejoint ensuite la tour du drapeau de Lung Cu, point le plus septentrional du Vietnam. Le marché dominical de Dong Van et celui de Meo Vac restent parmi les plus authentiques du pays : costumes traditionnels, alcool de maïs artisanal, troc de bétail. Entre septembre et octobre, les rizières dorées se marient aux premières fleurs de sarrasin rose. Ce spectacle est célébré chaque année lors du festival de la fleur de sarrasin. Sur les dix-neuf ethnies qui peuplent la province, cinq dominent nettement le paysage humain de la région.

Les Mông Blancs et Mông Fleuris du plateau karstique

Les Mông arrivent largement en tête, avec deux branches principales à Ha Giang : les Mông Blancs et les Mông Fleuris. Cette répartition diffère de celle observée autour de Sapa, où domine plutôt le Mông Noir. Leur signature agricole est unique au Vietnam. Faute de terre arable sur ce relief karstique, ils cultivent le maïs et le riz dans des poches de sol comblées à la main entre les rochers calcaires. Cette technique porte un nom local, « nương đá ». Leurs costumes tranchent eux aussi avec ceux de Sapa. Les femmes portent une jupe évasée en forme de tronc de cône, ou une jupe tube, en tissu de brocart aux couleurs vives. Elles l’associent à un gilet croisé et à des jambières. L’habit est bien plus coloré et éclatant que la tunique sombre à l’indigo des H’mong noirs de la vallée de Muong Hoa.

Les Dao de Ha Giang, une mosaïque de branches

Les Dao de Ha Giang forment une mosaïque bien plus large que celle de Sapa. On y trouve les Dao Rouges, mais aussi les Dao Tiền (à pièces de monnaie), les Dao Áo Dài (à tunique longue) et les Dao Lô Giang. Chacun garde ses propres codes vestimentaires et ses propres rites. Cette diversité ne se retrouve pas à Ta Phin, où seule la branche Dao Rouge est représentée. De plus, ils vivent en maison sur pilotis ou en maison de terre battue selon les groupes. Ils entretiennent aussi un système de croyances particulièrement complexe. Les cultes chamaniques et les rites de sorcellerie y occupent une place centrale, bien plus marquée qu’à Sapa, où les Dao rouges se concentrent davantage sur la pharmacopée. Outre la broderie, ils pratiquent aussi la forge et l’orfèvrerie, deux savoir-faire peu développés chez leurs cousins de la vallée de Muong Hoa.

Les Tày et leur artisanat diversifié

Les Tày, avec les Mông et les Dao, comptent parmi les trois ethnies les plus nombreuses de la province. Leur poids démographique est bien supérieur à celui qu’ils occupent autour de Sapa. Ils vivent de la riziculture inondée au pied des montagnes et le long des rivières. Ils se distinguent surtout par la diversité de leur artisanat : outils agricoles, vannerie, poterie, menuiserie et tissage. Cet éventail de métiers est plus large que celui des communautés tày de la région de Sapa, davantage concentrées sur le brocart et le hát then.

Les Nùng, éleveurs des vallées

Les Nùng, en revanche, sont quasiment absents des environs de Sapa. Ils sont en revanche très présents à Ha Giang, où ils occupent les vallées en flanc de coteau ou en bordure de rivières. Leur élevage y est particulièrement développé. Leur maison sur pilotis réserve une pièce extérieure aux hommes et aux cultes ancestraux. Les femmes, elles, occupent l’espace intérieur, selon une organisation domestique bien codifiée. Leur coutume de mariage est l’une des plus singulières de la région. C’est en effet l’oncle maternel du marié, et non ses parents, qui mène les démarches de demande en mariage au nom de la famille.

Les Giáy et leurs rites funéraires

Les Giáy de Ha Giang partagent avec ceux de Ta Van la riziculture et le tissage. Leurs coutumes funéraires les distinguent en revanche nettement. Lorsqu’un décès survient dans la famille, les descendants doivent observer un jeûne végétarien et s’interdire de s’asseoir sur une chaise. Le convoi funéraire, lui, doit avancer rapidement. Cette pratique est liée à la croyance qu’un esprit malveillant pourrait « voler le corps » du défunt en chemin. Cet ensemble rituel est bien plus marqué qu’à Sapa, où les Giáy sont surtout connus pour leur festival agricole du printemps, le Roóng Poọc.

Bac Ha et ses marchés ethniques : le cœur battant du commerce des minorités ethniques du Vietnam

À mi-chemin entre Sapa et Ha Giang, la région de Bac Ha organise trois marchés emblématiques. Chacun se tient un jour différent de la semaine. Le marché de Coc Ly, le mardi, réunit Nùng, Dao noir, Tày, Phù Lá et H’mong fleuri au bord de la rivière Chay. Celui de Can Cau, le samedi, est réputé pour son marché aux buffles, le plus important du Nord Vietnam. Enfin, le dimanche, le marché de Bac Ha lui-même reste le plus animé, quoique le plus fréquenté par les groupes touristiques. Ces rendez-vous hebdomadaires ne sont pas des reconstitutions folkloriques. Ce sont de véritables lieux d’échange économique et social. Descendre au marché revêt encore la valeur d’une petite fête, l’occasion de sortir les habits neufs aux couleurs les plus vives.

Les H'mong fleuris (Mông Hoa), signature de Bac Ha

Les H’mong fleuris (Mông Hoa) sont, à eux seuls, la signature visuelle de Bac Ha. C’est un troisième visage du peuple H’mong, différent du H’mong noir de Sapa comme des H’mong blancs et fleuris de Ha Giang. Leur costume est probablement le plus flamboyant de tout le Nord Vietnam. Sur un fond de chanvre indigo, les motifs géométriques — bandes, chevrons, losanges — se déclinent en rouge dominant, rehaussé de jaune et de blanc. Ce contraste calculé éclate sous le soleil du marché. Les femmes y ajoutent une technique de batik à la cire, tracée au pinceau de cuivre chauffé. Ce savoir-faire est si singulier qu’il a été reconnu patrimoine culturel immatériel national. Rien à voir, donc, avec la sobriété presque monochrome du H’mong noir de Sapa.

Les Dao noirs de Coc Ly

Les Dao noirs (Dao đen), présents notamment au marché de Coc Ly, forment une branche distincte des Dao rouges de Ta Phin et des multiples sous-groupes dao de Ha Giang. En revanche, leur costume, plus sombre et dépouillé, joue sur des camaïeux de bleu nuit et de noir. Leur coiffe s’enroule souvent en turban plutôt qu’en foulard écarlate, à l’inverse des Dao rouges. Ce choix esthétique reflète une identité de groupe clairement affirmée, au sein d’un même peuple pourtant très ramifié.

Les Tày, Nùng, intermédiaires commerciaux de longue date

Comme leurs cousins de Sapa et de Ha Giang, les Tày de la région de Bac Ha perpétuent la riziculture inondée en fond de vallée et l’habitat sur pilotis. Leur présence ici tient surtout d’un rôle d’intermédiaires commerciaux de longue date. De nombreuses familles tày tiennent des étals de tissus ou de produits transformés. Elles font ainsi le lien entre les récoltes des hameaux d’altitude et le commerce plus structuré du bourg.

Les Nùng, également très présents à Coc Ly et à Can Cau, y confirment leur vocation d’éleveurs habiles. Ce sont en grande partie des familles nùng qui amènent bétail et volailles jusqu’au marché aux buffles de Can Cau. C’est le prolongement direct de leur savoir-faire agropastoral, déjà observé plus au nord, à Ha Giang.

Les Phù Lá, gardiens discrets de la vallée de la rivière Chay

Les Phù Lá, enfin, forment le groupe le plus discret de ces marchés. Ils comptent pourtant parmi les plus anciennement enracinés dans la vallée de la rivière Chay. Proches par la langue et par certains motifs textiles des Xà Phó de Sapa, ils s’en distinguent par des costumes plus sombres, souvent noirs ou bruns, ornés de bandes colorées plus étroites. Leur esthétique reste plus retenue que celle, très ornementée, de leurs cousins de la vallée de Van Ban. Assister au marché de Coc Ly, un mardi matin, c’est voir se croiser en quelques mètres carrés cinq peuples aux histoires et aux tenues profondément différentes. C’est un vacarme de marchandage qui n’a rien d’un spectacle organisé pour les visiteurs.

Mai Chau et Pu Luong : homestay chez l'habitant et douceur des maisons sur pilotis

Direction le sud-ouest de Hanoï, à environ trois heures de route. On y découvre un tout autre visage des minorités ethniques du Vietnam. Dans la vallée de Mai Chau et la réserve naturelle de Pu Luong, le paysage humain change de registre. Ce ne sont plus les hauts plateaux calcaires du Nord, mais des vallées vertes et humides. Trois peuples s’y côtoient : les Thaï blancs, largement majoritaires, les Muong, et une petite communauté H’mong installée sur les hauteurs. Les villages de Lac et Pom Coong, avec leurs maisons traditionnelles sur pilotis, proposent des nuitées chez l’habitant à partir de 10 à 20 dollars, repas compris. On y assiste à des démonstrations de tissage sur métier à bras. On y partage aussi le riz gluant cuit en tube de bambou, et parfois on se laisse entraîner dans une danse traditionnelle en soirée.

Les Thaï blancs, majorité de la vallée

Les Thaï blancs donnent leur nom à l’ethnie locale à cause du chemisier blanc porté par les femmes. Ils forment l’immense majorité de la population de Mai Chau. Leurs maisons sur pilotis, entièrement en bois, bambou et toit de feuilles de latanier, s’élèvent à 1,5 ou 2 mètres du sol. Cet espace sous le plancher sert à la fois de remise à outils agricoles et d’abri pour le bétail. Le costume féminin associe une jupe noire longue et un chemisier ajusté, blanc ou parfois vert, rouge ou violet selon les occasions. Une large bande de tissu brodée, ceinturée à la taille, masque la jonction entre le haut et le bas de la tenue. Des bracelets d’argent et de petites boucles d’oreilles la complètent.

Par ailleurs, chaque village possédait autrefois un chamane, le pou mor. Il était chargé des rites de guérison, de l’interprétation des rêves et de la recherche d’objets perdus. Les Thaï blancs sont aussi réputés pour leur goût des fêtes, rythmées par les cymbales, les gongs et les tambours. Ils affectionnent la danse xòe, où l’on se prend par la main autour du feu pour remercier les esprits d’une récolte abondante. Ce sont également eux qui perpétuent la tradition du « gõ sạp », ce martèlement rythmé de perches de bambou. Il sert traditionnellement à accueillir les visiteurs.

Les Muong, parmi les premiers habitants du Nord Vietnam

Les Muong, deuxième groupe en nombre, comptent parmi les tout premiers habitants historiques des montagnes du Nord Vietnam. Ils bâtissent leurs maisons sur pilotis plutôt sur les flancs de colline ou près des cours d’eau, à l’écart des grands axes. De larges vérandas leur servent à la fois d’atelier de vannerie et d’espace d’accueil. Le costume féminin muong est influencé à la fois par les Thaï, les Viêt et les traditions chinoises. Il se compose d’un chemisier blanc ajusté à manches longues et d’une jupe fourreau descendant jusqu’aux chevilles. Les cheveux sont relevés en chignon, maintenu par un tissu blanc dont un pan retombe librement dans le dos.

Par ailleurs, les Muong sont d’excellents chasseurs et pêcheurs. Ce sont aussi de fins riziculteurs en terrasses, qui cultivent en complément maïs, aubergines, tomates et sésame. Leur patrimoine musical est marqué par l’épopée fondatrice Đẻ Đất Đẻ Nước et par des chants comme le Xéc Bùa ou le Hát Ví. Il s’accompagne toujours d’un art du gong (cồng chiêng), particulièrement renommé dans tout le Vietnam. Cet art tient une place bien plus centrale dans leur identité que chez les Thaï blancs, chez qui dominent plutôt les cymbales et la danse xòe.

Les H'mong de Hang Kia et Pà Cò

Les H’mong de Mai Chau, enfin, forment un troisième visage bien plus discret. Ils se sont installés en altitude, dans les hameaux de Hang Kia et Pà Cò, sur un relief escarpé qui tranche avec les rizières douces de la vallée. Autrefois semi-nomades, changeant de terre après chaque récolte, ils vivent aujourd’hui sédentarisés.

Côté textile, leur signature repose sur le chanvre plutôt que le coton. La tige est récoltée après trois mois de pousse, puis séchée et trempée. Elle est ensuite battue à la main pour en tirer de fines fibres, filées en longs fils. Ces fils sont teints à l’indigo selon la technique du batik à la cire d’abeille, dessinée au pinceau de cuivre chauffé. Ce procédé est proche de celui des H’mong fleuris de Bac Ha, mais appliqué ici sur chanvre plutôt que sur coton tissé.

Côté vestimentaire, le costume féminin reste très coloré. Celui des hommes, lui, se limite à un noir sobre, avec un pantalon large facilitant la marche en montagne. Leur instrument le plus emblématique reste le khèn, un orgue à bouche fait de six tuyaux de bambou. Il demeure un privilège exclusivement masculin, que l’on entend résonner lors des fêtes de village, accompagné de danses tournoyantes pleines de fougue.

Itinéraire suggéré : trois jours entre Sapa et Bac Ha

Voici maintenant comment nos voyageurs les découvrent le plus souvent, dans l’ordre où leurs récits se recoupent : 

Jour 1 — Immersion à Ta Van et Ta Phin

Le voyage commence tôt, au départ de Sapa, sur les sentiers qui serpentent entre les rizières en terrasses de la vallée de Muong Hoa. La marche jusqu’à Ta Van prend environ deux à trois heures, à travers des hameaux H’mong et Giay. En chemin, il n’est pas rare qu’une habitante propose spontanément d’accompagner les visiteurs. Ce n’est pas un guide professionnel, mais une simple habitude d’hospitalité. La nuit se passe en homestay, dans une maison en bois où le dîner est préparé collectivement : légumes du jardin, porc grillé, riz gluant et alcool de maïs. Le lendemain matin, une brève visite à Ta Phin permet de découvrir le fameux bain de plantes Dao rouge. Ce rituel aux vertus relaxantes est reconnu bien au-delà de la région.

Jour 2 — Route vers Bac Ha et rencontre avec les artisans

Le trajet vers Bac Ha, environ trois heures de route en minibus ou en voiture privée, permet de traverser des cols spectaculaires et plusieurs villages Tay aux maisons sur pilotis. En chemin, une halte dans un atelier familial de teinture à l’indigo ou de tissage permet de comprendre la symbolique des motifs brodés sur les costumes traditionnels. Ces motifs sont souvent liés à des récits ancestraux ou à des croyances animistes. La soirée se termine à Bac Ha, dans une auberge tenue par une famille Tay. Elle est propice à des échanges informels avec les habitants.

Jour 3 — Le marché et le retour

Selon le jour choisi pour son passage, le voyageur peut assister au marché aux buffles de Can Cau. Il peut aussi découvrir celui, plus commercial, de Coc Ly. C’est le moment le plus vivant du séjour : négociations bruyantes, costumes chatoyants, odeurs de plats mijotés vendus à même le sol. Le retour vers Hanoï ou Sapa se fait en fin d’après-midi, généralement en train de nuit ou en bus confortable depuis Lao Cai.

Une rencontre responsable avec les minorités ethniques du Vietnam

Bien sûr, rencontrer les minorités ethniques du Vietnam suppose une part de responsabilité. Privilégier les homestays gérés directement par les familles plutôt que par des intermédiaires extérieurs reste essentiel. Cela garantit que les revenus du tourisme profitent réellement aux communautés. Ainsi, mieux vaut demander l’autorisation avant de photographier une personne. Il est également préférable d’éviter de distribuer bonbons ou argent aux enfants, et de préférer l’achat direct de textiles ou de bijoux artisanaux. Ce sont de petits gestes qui, mis bout à bout, transforment un voyage en échange plutôt qu’en simple observation.

Plusieurs voyageurs partagent leurs retours d’expérience sur ce sujet, notamment sur TripAdvisor, où les avis sur les treks à Sapa et Ha Giang sont particulièrement nombreux et détaillés.

Pour approfondir la réflexion sur le tourisme dit « authentique » et ses limites, plusieurs médias généralistes ont consacré des enquêtes à la question. C’est le cas de certains articles publiés par Le Monde sur le tourisme communautaire en Asie du Sud-Est. Le guide Lonely Planet Vietnam reste par ailleurs une référence solide pour compléter la préparation logistique du séjour. Il couvre notamment les questions de visa, de transport et de saisonnalité.

FAQ — Questions fréquentes des voyageurs

Peut-on rendre visite aux minorités ethniques sans passer par une agence organisée ?

Oui, il est tout à fait possible de rencontrer les minorités ethniques du Vietnam sans agence, à Sapa ou à Mai Chau. Les villages y sont accessibles en transport public et les homestays réservables directement. En revanche, pour la boucle de Ha Giang, un guide local ou un chauffeur expérimenté est fortement recommandé. Les routes de montagne y sont sinueuses et parfois dangereuses, surtout à moto.

Combien coûte une nuit en homestay chez l'habitant ?

Comptez entre 10 et 20 dollars par personne à Mai Chau ou dans la région de Sapa, petit-déjeuner et dîner généralement inclus. Le confort reste simple : matelas partagés sur plateforme surélevée, sanitaires communs. L’accueil, en revanche, est chaleureux, avec un vrai contact avec la famille hôte.

Les marchés ethniques comme celui de Bac Ha sont-ils encore authentiques, ou sont-ils devenus des pièges à touristes ?

Le marché du dimanche à Bac Ha attire effectivement de nombreux groupes organisés, ce qui a modifié son ambiance. Les marchés de Can Cau (samedi) et Coc Ly (mardi) restent moins fréquentés. Ils conservent en revanche une atmosphère plus proche du quotidien réel des habitants, notamment pour le commerce du bétail.

Quelle est la meilleure période pour ce type de voyage ?

La saison sèche, d’octobre à avril, est la plus favorable, avec un ciel dégagé et des routes praticables. Septembre et octobre offrent en plus le spectacle des rizières dorées avant la moisson. Mars et avril, eux, apportent la floraison des pruniers et pêchers dans les vallées.

Comment se comporter respectueusement lors d'une rencontre avec une famille ethnique ?

Demandez toujours l’autorisation avant de photographier quelqu’un, et retirez vos chaussures en entrant dans une maison. Évitez aussi de donner de l’argent ou des bonbons directement aux enfants : cette pratique encourage la mendicité. Privilégier l’achat de textiles ou d’artisanat directement auprès des familles reste le geste le plus juste.

Un voyage qui reste, longtemps après le retour

On revient rarement inchangé d’un tel périple. Ce ne sont pas les paysages, pourtant somptueux, qui marquent le plus durablement. Ce sont les visages, les gestes de partage, le silence complice d’un repas pris à même le sol d’une maison sur pilotis. Les minorités ethniques du Vietnam n’attendent pas d’être découvertes : elles vivent, simplement, au rythme des saisons et des récoltes. Le voyageur qui accepte de s’y glisser, avec humilité, en ressort avec bien plus qu’un carnet de photos. Il en ressort avec une autre idée du voyage.

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